EXCLUSIF : Après six siècles de silence, le manuscrit le plus énigmatique du monde livre un premier indice, mais celui-ci plonge la communauté scientifique dans une perplexité encore plus profonde.
Une équipe de chercheurs canadiens a annoncé avoir utilisé l’intelligence artificielle pour percer le secret du manuscrit Voynich, ce livre du XVe siècle rédigé dans une langue et un alphabet inconnus. Leur conclusion est aussi stupéfiante que déroutante : le texte serait de l’hébreu médiéval crypté.

Découvert en 1912 par le libraire Wilfrid Voynich, ce codex de 240 pages illustré de plantes fantastiques et de diagrammes célestes a résisté aux plus grands cryptographes du siècle, y compris ceux qui ont cassé les codes militaires des deux guerres mondiales. Sa datation au carbone 14 confirme son authenticité, rendant son illisibilité totale d’autant plus frustrante.
L’espoir est né en 2016 lorsque Greg Kondrak et Bradley Hauer de l’Université de l’Alberta ont soumis le texte à un algorithme d’IA. Entraîné sur 380 langues, le système a identifié l’hébreu comme la source la plus probable. Les chercheurs ont alors tenté de décrypter la première phrase en supposant un chiffrement par anagrammes.
Le résultat, après ajustements manuels et traduction automatique, fut une phrase grammaticalement correcte mais énigmatique : “Elle fit des recommandations au prêtre, à l’homme de la maison, à moi et aux gens.” Cette annonce a provoqué un emballement médiatique mondial début 2018, laissant croire que l’énigme était enfin résolue.

L’euphorie fut de courte durée. Des experts ont immédiatement pointé des failles méthodologiques critiques. La médiéviste Lisa Fagin Davis a souligné que l’IA avait été entraînée sur des langues modernes, la rendant inapte à décoder un texte du XVe siècle sans distorsion majeure.
Le linguiste computationnel Shlomo Argamon a ajouté que la seconde langue proposée par l’algorithme était le malais, sans aucun lien avec l’hébreu. Cela suggère que la machine a simplement choisi la moins mauvaise option parmi des correspondances toutes médiocres, un piège statistique classique.
La méthode des anagrammes, permettant de réarranger librement les lettres et d’ajouter des voyelles, a également été vivement critiquée pour son manque de rigueur scientifique. Elle offre une liberté telle qu’elle pourrait produire un sens dans presque n’importe quelle langue.
Cet épisode révèle les limites actuelles de l’IA face à des énigmes historiques complexes. La machine excelle à identifier des motifs statistiques, mais elle est dépourvue de toute compréhension contextuelle ou historique. Elle ne peut qu’émettre une probabilité, jamais juger de la pertinence réelle de sa réponse.

Le manuscrit Voynich, conservé à la bibliothèque Beinecke de l’Université Yale, demeure donc aussi muet qu’il y a six cents ans. Cette tentative, bien que techniquement impressionnante, souligne que certains mystères résistent à la pure puissance de calcul.
Pour beaucoup de spécialistes, cette résistance même fait partie de la valeur de l’artefact. Il force à l’humilité, poussant historiens, linguistes et maintenant informaticiens à collaborer et à repousser les frontières de leurs disciplines.
L’échec de l’IA n’est pas une défaite de la technologie, mais un rappel que le passé conserve une part d’opacité irréductible. Le Voynich continue d’attendre, patient, que quelqu’un ou quelque chose trouve enfin la clé pour entendre le message qu’il porte depuis la Renaissance.
Cette quête, plus que la solution elle-même, reste le véritable héritage du manuscrit. Elle témoigne d’une curiosité humaine inlassable face à l’inconnu, une curiosité que même l’intelligence la plus artificielle ne peut encore pleinement simuler ou satisfaire.
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