L’Ukraine et le Royaume-Uni finalisent une opération navale d’une ampleur inédite dans le détroit d’Ormuz, une initiative qui pourrait redessiner les équilibres énergétiques mondiaux et porter un coup sévère à la Russie de Vladimir Poutine.
Selon des informations exclusives obtenues par The Times, Kiev se prépare à déployer quatre chasseurs de mines dans cette voie maritime stratégique, un geste qui a pris de court même les États-Unis. Ces navires, actuellement amarrés dans des ports britanniques, sont prêts à intervenir pour neutraliser les mines iraniennes qui paralysent le trafic pétrolier depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Deux de ces bâtiments, le HMS Shoreham et le HMS Grimsby, ont été offerts par la Royal Navy à l’Ukraine en 2023. Les deux autres, l’UNS Melitopol et l’UNS Mariupol, proviennent des marines néerlandaise et belge. Tous sont équipés de sonars détachables capables de localiser et de détruire les mines en eaux profondes, une technologie cruciale face aux engins Maham 3 et Maham 7 utilisés par Téhéran.
Une source ukrainienne anonyme a déclaré au Times : « Nous sommes prêts à tout offrir. Ces navires ne peuvent pas aller en Ukraine à cause de la convention de Montreux, qui interdit leur passage vers la mer Noire. Mais ils peuvent être déployés là où ils sont vraiment utiles. » La convention de Montreux donne à la Turquie le pouvoir de restreindre le transit des navires de guerre vers la mer Noire, empêchant ainsi Kiev d’utiliser ces chasseurs de mines dans son propre théâtre d’opérations.
L’Ukraine a annoncé ses intentions lors d’un sommet multinational de planification militaire le 22 avril, réunissant plus de 30 nations. Kiev a été le premier pays à se déclarer prêt à contribuer à la sécurisation du détroit d’Ormuz, avant même la fin des discussions. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a insisté sur le caractère strictement pacifique et défensif de toute mission conjointe.
Le timing de cette annonce est explosif. Alors que les négociations de paix entre les États-Unis et l’Iran semblent au point mort, les Gardiens de la Révolution iraniens ont repris la pose de mines dans le détroit. Selon un rapport d’Axios du 23 avril, cette escalade a provoqué une réaction immédiate de l’administration Trump, qui a ordonné à l’armée américaine de détruire toute embarcation iranienne surprise en train de miner les voies navigables.
Le détroit d’Ormuz est vital pour l’économie mondiale. Environ 20 % du pétrole brut transite par cette voie. Depuis le début de l’opération Epic Fury, le blocus iranien a fait grimper les prix du baril à des niveaux records. Selon le Financial Times, la Russie a gagné 150 millions de dollars supplémentaires par jour en mars grâce à cette flambée, compensant ainsi les effets des sanctions occidentales.
Pour Vladimir Poutine, l’intervention ukrainienne est une catastrophe. Les chasseurs de mines ukrainiens, en sécurisant le détroit, feront baisser les prix du pétrole et priveront Moscou d’une manne financière cruciale pour son effort de guerre. « La guerre en Iran a été un cadeau économique pour Poutine, mais ce cadeau est sur le point de disparaître », analyse un expert de Chatham House.
Au-delà de l’aspect économique, cette opération envoie un message politique fort. L’Ukraine démontre qu’elle peut projeter sa puissance navale à des milliers de kilomètres de ses côtes, contournant les restrictions imposées par la Turquie en mer Noire. « Poutine pensait pouvoir limiter la guerre à une affaire régionale. L’Ukraine internationalise le conflit en ciblant des enjeux à des milliers de kilomètres de son territoire », souligne un analyste militaire.
Les chasseurs de mines ukrainiens s’entraînent actuellement avec la Royal Navy dans les eaux britanniques. Leur déploiement final dépendra de l’évolution de la situation sécuritaire dans le golfe Persique. La France et le Royaume-Uni ont clairement indiqué qu’ils n’enverront pas leurs navires tant que le risque de guerre directe avec l’Iran demeure élevé.
Pourtant, les préparatifs s’accélèrent. Les équipages ukrainiens sont formés aux conditions spécifiques du Moyen-Orient. Le HMS Shoreham a déjà une expérience précieuse dans la région, ayant été déployé pendant trois ans pour sécuriser les voies maritimes marchandes.
Cette initiative ukrainienne s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement des alliances. Kiev a signé des accords de défense de dix ans avec plusieurs pays du Golfe, cherchant à réduire l’influence russe au Moyen-Orient. L’envoi de ces navires pourrait transformer l’Ukraine en acteur clé de la sécurité énergétique mondiale.
Les implications pour la Russie sont immédiates. Si le détroit d’Ormuz rouvre complètement, les prix du pétrole chuteront, réduisant les revenus de Moscou et affaiblissant sa capacité à financer la guerre en Ukraine. « Poutine jubilait face à la situation dans le Golfe. Maintenant, il doit faire face à une Ukraine qui agit sur le long terme, bien au-delà de ses frontières », conclut un responsable occidental.
L’opération reste conditionnée à une résolution du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Mais les signaux sont contradictoires. Le 21 avril, Reuters indiquait que la trêve entre Washington et Téhéran serait prolongée indéfiniment pour permettre des négociations de paix. Quatre jours plus tard, PBS rapportait que le dernier cycle de discussions avait échoué, le principal diplomate iranien ayant quitté Islamabad.
Dans ce contexte d’incertitude, l’Ukraine se positionne comme un acteur prêt à agir dès que les conditions le permettront. Ses chasseurs de mines restent en attente, mais leur simple présence dans les ports britanniques constitue déjà une pression sur l’Iran et la Russie.
Le monde observe avec attention cette coalition inédite. Le Royaume-Uni, la France et l’Ukraine pourraient former le noyau d’une force multinationale de déminage, capable de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Une mission qui, si elle réussit, changera profondément les dynamiques de pouvoir dans la région et au-delà .
